Sorcellerie et société : Bali Nébié démonte les mécanismes de l’occultisme communautaire
Bali Nébié lève le voile sur la sorcellerie en Afrique, brise le tabou de la sorcellerie pour libérer les consciences africaines et interpellé l’élite africaine.
Phénomène aussi ancien que redouté, la sorcellerie continue de hanter les imaginaires collectifs et d’influencer les dynamiques sociales à travers le continent africain. Pourtant, rares sont les voix qui osent l’aborder sans crainte ni complaisance. C’est le pari que relève Bali Nébié, écrivain et expert des savoirs endogènes, dans son nouvel ouvrage intitulé Tout savoir sur la sorcellerie en Afrique subsaharienne : sans détour ni tabou. Présenté au public ce 2 août 2025 à Ouagadougou, ce livre ambitieux et dérangeant entend briser les silences, démystifier les croyances et stimuler la réflexion. Accessible au prix de 5 000 FCFA, l’ouvrage est disponible chez l’auteur et dans les librairies de la place.
Loin des clichés et des interprétations sensationnalistes, Bali Nébié explore dans cet ouvrage les racines historiques, sociales, culturelles et politiques de la sorcellerie au sein des sociétés africaines. Il y dénonce les conditionnements mentaux hérités d’un système éducatif traditionnel fondé sur la peur, l’intimidation et l’occultation du savoir rationnel. Pour l’auteur, la sorcellerie est une construction sociale ancienne, longtemps instrumentalisée comme outil de régulation et de contrôle communautaire, et dont les effets pernicieux continuent de peser sur les mentalités et les comportements contemporains.
L’auteur n’est pas un simple théoricien. Bali Nébié est titulaire d’une Maîtrise ès-Sciences obtenue en 1979 à l’Université de Poitiers, et a exercé pendant 35 ans le métier d’enseignant, en tant que professeur certifié des Sciences de la Vie et de la Terre (SVT). Originaire d’un village profondément ancré dans ses traditions ancestrales, il a grandi au cœur d’une culture où la sorcellerie, ses représentations et ses implications, faisaient partie du quotidien. Fort de cette double appartenance – scientifique et endogène – il s’est investi depuis plus de cinquante ans dans des recherches poussées sur le phénomène. Son ouvrage, structuré sous forme de 168 questions-réponses, se veut une contribution précieuse à l’éclairage d’un sujet encore largement tabou, mais qui, selon lui, constitue aujourd’hui un obstacle majeur au développement du continent africain.
À travers une analyse lucide et sans complaisance, il déconstruit les idées reçues, dévoile les mécanismes d’accusation et les dérives communautaires, tout en appelant à une refonte des systèmes éducatif, judiciaire et économique. Il y voit des leviers essentiels pour combattre durablement les croyances qui freinent l’épanouissement des individus et le progrès collectif.
L’événement a été marqué par des échanges denses avec un public manifestement interpellé par la démarche critique et audacieuse de l’auteur. Pour Bali Nébié, cette dédicace ne se limite pas à la présentation d’un livre, elle constitue un acte de conscientisation : « Il est temps que l’Afrique regarde en face ses réalités, sans fard ni peur », a-t-il lancé avec conviction.
Publié aux éditions ACADES, Tout savoir sur la sorcellerie en Afrique subsaharienne s’impose déjà comme un ouvrage de référence pour qui souhaite comprendre, sans détour ni tabou, une thématique aussi ancienne que complexe.
Dans chaque village africain, deux mondes coexistaient en permanence : le monde des Initiés et celui des Profanes. Le premier, composé d’un nombre restreint d’individus, tirait les ficelles de la vie communautaire, tandis que le second, formé de la grande majorité, était cantonné au rôle de marionnettes. Le monde des Initiés était animé par des sociétés secrètes, au sein desquelles dominaient les confréries de sorciers, investies de la mission de régulation de la vie collective. Leur principal outil d’action : la sorcellerie, conçue et entretenue comme un épouvantail psychologique au service de leur autorité.
Les colonisations arabo-musulmane et européenne ont profondément ébranlé, voire détruit, les fondements de cet édifice communautaire patiemment édifié par ces confréries. Il en a résulté un désordre social profond, marqué par la perte des repères traditionnels. Pour Bali Nébié, l’urgence est aujourd’hui à la reconstruction : il en appelle à l’élite africaine à s’engager dans un travail de réappropriation de l’histoire authentique du continent, en vue de redécouvrir et de comprendre ses traditions et ses coutumes.
Sanfo Minata ✍🏼
